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Corse matin.
Légendes de Corse : l'Omu di
Cagna, l'ogre pétrifié
L'Île des
Ogres
Corse-Matin
et Albiana vous proposent de découvrir quelques légendes de la Corse à travers
des contes et des histoires tirés du livre "Corse : L'Île des ogres",
de Jean-Jacques
Andreani.
Il était une
fois, au pays de Monacìa, une famille de bergers qui vivait paisiblement… Mais
un jour, revenant de qui vivait paisiblement… Mais un jour, revenant de la
campagne plus vite que prévu, Simonu, le père s’écroule, brusquement malade.
Fiévreux, tremblant, il a perdu toute conscience. Livia, sa femme, et Lisandru,
son jeune fils, très inquiets, le mettent au lit et font appel à Miliu, le
forgeron de la région, connu pour son don de guérisseur. Mais celui-ci, après
sa visite, s’avoue impuissant…
« Il y a
dans cette fièvre la marque d’un terrible pouvoir », annonce gravement celui
qui sait pourtant soigner hommes et bêtes. « Pas de doute !... Quelqu’un lui a
jeté un sort et je ne vois qu’un seul remède qui puisse le sauver de la mort…
Mais ce remède, je ne peux le préparer… Il faut aller au plus vite trouver
l’unique personne capable de le composer, le magonu... »
En entendant
ce nom, la mère sent un frisson lui glacer le sang. En effet, comme tout le
monde, elle connaît la réputation de ce vieil homme qui vit sur la pointe d’une
colline voisine, dans un orriu aménagé sous un gros bloc de granit. Solitaire,
redoutable, u magonu n’aime pas être dérangé. Expert dans la connaissance des
mystères de la nature, il sait parler la langue des oiseaux, déchiffrer les
signes de la vie et peut même, disent certains, se déplacer par magie sans
bouger de chez lui.
Désespérée,
la mère, qui se demande comment trouver le vieux magicien, se met à pleurer…
« C’est sûr,
personne n’osera approcher le magonu et Simonu va mourir… pense-t-elle entre
deux gros sanglots... tout est perdu, qu’allons-nous devenir ? »
Tandis que
sa mère se lamente sur le cruel destin qui l’accable, Lisandru ne peut se
résigner. Le jeune berger comprend que l’heure est venue pour lui de tout
tenter pour sauver son père auquel il est tant attaché. C’est lui qui doit,
malgré le danger, se mettre à la recherche du magonu pour trouver le remède. Et
il doit partir sans tarder…
« C’est à moi d’y aller. Ne t’inquiète pas, je
serai bientôt de retour, tu verras… » dit-il à sa mère avant de prendre son pilonu et de
s’élancer sur le sentier qui mène à la colline… À la fois inquiet et pressé,
Lisandru court plus qu’il ne marche et, bientôt, le voilà tout près de la
maison du vieux magicien. Le jeune berger s’arrête un moment…
« J’ai
besoin de réfléchir un peu, se dit-il en observant les environs… Il vaut mieux
que j’annonce mon arrivée sinon le magonu risque de s’énerver… Je vais essayer
de le prévenir au mieux… »
D’une poche,
Lisandru sort alors sa guimbarde et commence à en jouer. Les sons, qui
s’élèvent en tourbillonnant vers la colline, composent un air nostalgique. Le
jeune berger poursuit un moment et s’arrête. L’écho de la musique résonne
encore un peu entre les rochers et les arbres puis s’éteint. Maintenant,
Lisandru doit attendre un signe…
Soudain,
surgi de nulle part, voici que le magonu apparaît juste devant lui. Lisandru,
médusé, n’en croit pas ses yeux…
« Alors
c’est vrai, il peut se déplacer par magie »… pense-t-il, inquiet, tandis que le vieil homme
l’observe fixement pendant un moment, sans rien dire. Le jeune berger, qui sent
le regard du magonu pénétrer au plus profond de son coeur, est paralysé par la
peur. En reprenant son souffle, il parvient cependant à articuler sa requête…
« Je vous
demande pardon o sgiò magonu, je viens demander votre aide… Mon père est
malade, Miliu a dit qu’il est victime d’un sort étrange et que vous seul pouvez
le soigner… Aidez-nous, par pitié »…
À peine
a-t-il terminé sa phrase que Lisandru voit les pieds du magonu se détacher du
sol !... Toujours silencieux, drapé dans son long manteau sombre, le vieux
magicien qui, par enchantement, continue de léviter, fait lentement le tour du
jeune berger.
Puis, d’une
voix grave, il lui dit : « Je sens à travers toi les vibrations qui sont à
l’oeuvre pour accabler ton père… Miliu a raison, le sort est si puissant que
pour le détruire, il faut composer un philtre qui nécessite plusieurs
ingrédients très rares. Malheureusement, l’un d’entre eux, végétal, essentiel,
qui doit être cueilli frais, ne pousse que dans la haute combe de Cagna et ce
bois sacré m’est interdit désormais… »
En disant
cela, le magonu atterrit non loin de Lisandru : « N’aie pas peur, tout n’est
pas perdu… »
La voix
grave du magonu, presque amicale, résonne agréablement aux oreilles du jeune
berger rassuré.
« Cagna est
aux mains d’un ogre qui empêche quiconque de s’approcher de la forêt, poursuit
le vieux magicien… Ce colosse, venu du Nord, a pris possession des lieux et
règne par la force. Mes charmes n’opèrent plus près des grands arbres anciens.
L’ogre y a établi sa demeure où il fait brûler en permanence une herbe inconnue
qui produit une fumée invisible, capable d’asphyxier n’importe qui, même moi.
Je ne peux plus pénétrer dans le bois de nos ancêtres mais toi, si je t’aide un
peu, peut-être réussiras-tu…
– Je veux
essayer… je dois réussir ! » répond impétueusement Lisandru.
***
Alors, le
vieux magicien pose sa main droite sur l’épaule gauche de Lisandru puis, tout
doucement, siffle trois notes. Le jeune berger et le magonu disparaissent du
sentier de la colline pour réapparaître instantanément à la frontière de la
haute combe de Cagna.
Le magonu
lâche aussitôt Lisandru et lui donne une sorte de mouchoir en disant : « Je
ne peux aller plus loin… Maintenant, tu dois suivre, seul, la piste qui s’élève
vers la forêt… Tiens, voici une pièce d’étoffe que j’ai imprégnée d’une
substance magique… Pour moi qui suis très vieux, elle n’a aucun intérêt, mais
toi qui es si jeune, elle va te protéger de la fumée et te permettre de
respirer presque normalement… Tu dois cependant te dépêcher car l’effet ne dure
que peu de temps… Cours jusqu’à la maison de l’ogre, sous les grands arbres… Tu
verras un petit ruisseau. C’est là, près de l’eau, que pousse l’erba bambina,
la mousse que tu dois me ramener »…
Le vieux
magicien sort alors de son manteau quelques minuscules brindilles qu’il montre
au jeune berger… « Voilà l’erba bambina…Cueilles-en une belle poignée et
reviens vite, je t’attends… Allez, va à présent, je me charge d’attirer l’ogre
»…
Puis le
magonu se dirige vers un tronc d’arbre mort qu’il gratte de ses ongles. Le
bruit, imperceptible au début, se fait rapidement de plus en plus fort et le
vacarme résonne bientôt partout dans la haute combe.
Lisandru,
qui court déjà sur la piste de la forêt, portant son foulard sur la bouche et
le nez, a le souffle court. Alors qu’il atteint les grands arbres majestueux,
il entend un énorme fracas derrière lui, en contrebas.
« L’ogre est
descendu vers l’arbre mort »… se dit le jeune berger qui court toujours, dépasse
la maison du colosse et parvient enfin près du ruisseau.
Là, ayant
trouvé l’erba bambina, il en récolte tout de suite une grosse poignée. Mais au
moment de partir, patatras !... L’ogre, qui ne s’est pas laissé duper, est là,
imposant et en colère…
« Pourquoi n’es-tu pas mort petit voleur ?
»...
rugit-il en
empoignant Lisandru par la gorge avant de le plaquer contre un arbre… «
C’est sans doute ce foulard qui t’a sauvé »… reprend le colosse plein de
rage qui avance sa main vers le visage du jeune berger pour arracher l’étoffe.
Mais au même instant, tandis que Lisandru croit sa mort inévitable, l’ogre,
brusquement tiré en arrière, le lâche.
Le colosse,
comme emporté par une main invisible, est secoué en l’air, traîné au sol et
cogné violemment à plusieurs reprises contre le tronc des arbres. Après tous
ces coups, il finit par s’évanouir et s’écroule lourdement à terre. Apparaît
alors près du monstre une superbe jeune femme aux cheveux noirs et au teint de
lait, vêtue d’un beau manteau brillant, tissé de feuilles d’arbres.
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